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Joëlle Delhovren

 

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 PRESSE - TEXTES


Tower's Art Galeries - Claude Lorent - La LIbre du 2/11/2011

Art on Paper - Le Soir 29 avril 2011 (pdf)

Jean-Michel Botquin 2010 - Traduction en néerlandais

Philippe Agéa (Exporevue) 2010

Pierre-Louis Humbert (†2 mai 1951 - 29 mai 2010) 2009

Interview de Joëlle Delhovren par Doc Mac (Revue Art Scènes - Puls'Art 2008)
 
Edith Herlemont-Lassiat ( Exporevue Bruxelles janvier 2008)

Edith Herlemont-Lassiat ( Exporevue Bruxelles janvier 2008) (Nederlands)

Yves DE VRESSE ("agenda expo" 24 au31 janvier 2008)

Yves Devresse ("Agenda expo" 24 au 31 janvier 2008)
 
Luc Dechamps ("L'Echo" 1 mars 2007) version html
 
Yves DE VRESSE("agenda expo" 9 au15 fevrier 2007) version html

 
Georges Meurant (fr) -Georges Meurant (English)
 
Etienne Tilman

 

 

Jean-Michel Botquin 2010

Peindre. Des gosses à l’heure du bain ; d’autres à celle du goûter. Des portraits d’hommes, de femmes, d’enfants. Peindre des jeunes filles au bois. Peindre des mains, souvent, les dépeindre. Peindre un gamin qui souffle des bulles de savon, comme le firent Edouard Manet ou Chardin. Peindre des regards, plus souvent encore que des mains. Rien, pourtant, ici, n’est anodin, bénin ou innocent. De cette visite à l’atelier de Joëlle Delhovren, je garde la sensation physique de quelques uppercuts auxquels je n’ai d’ailleurs pas cherché à échapper. Sans doute, la violence scopique exercée par le regard scrutateur du peintre est-elle reconduite par celui, curieux, de l’amateur. N’est ce pas Martin Kippenberger qui conseillait de ne « rien faire pour les dentistes » ? « Surtout, déclarait-il, que l’on ne me prenne pas pour quelqu’un dont les tableaux s’accrochent au dessus du canapé »(i). La leçon, certes, est assimilée, absorbée, digérée. Joëlle Delhovren ne fait rien pour les dentistes, ni pour ceux qui craindraient l’idée même de l’anesthésie qui précède une extraction dentaire. Elle travaille dans l’instant, sans concession, parce que le temps dont elle dispose est aussi bref que la vie, parce que c’est là une nécessité de dire. Dire un souffle, dire ce que l’on ne peut saisir au creux des mains, peindre même l’innommable, l’irreprésentable, le rendre présent puisqu’il s’agit, justement, de le représenter.
Je me souviens de ses cochons, de ceux découverts à l’atelier. D’autres aussi, peints précédemment, ces trois cochons figés en plein burlesque steeple-chase, sautant par-dessus le bord de l’auge dans lequel un gamin se baigne, ces deux autres porcs, groin en alerte, à l’heure de la récréation enfantine. Cochon qui s’en dédit, les artistes, de Félicien Rops à Wim Delvoye ou Thierry Zéno pour ne pas remonter jusqu’à Jérôme Bosch, ont souvent cultivé avec une certaine délectation le goût du porc. Celui-ci véhicule de multiples symboles, de la goinfrerie à la luxure, de l’obscénité à l’extrême sensualité, assimilé à la perversité, à la saleté, pataugeant, l’impur, dans la gadouille et la fange. Ces trois-ci sont hilares et baveux ; plus encore que leurs prédécesseurs, accoudés au balcon sous un ciel de décor de théâtre, ils incarnent ce que l’humain a d’abject, de vil et méprisable, ils évoquent l’infamie si souvent représentée dans le bestiaire porcin de l’image satirique au dix-neuvième siècle, politique, guerrière, sociétale, anticléricale. Le cochon est capable de bouffer sa propre progéniture, rappelle déjà Buffon. Et le gamin plongé dans l'abreuvoir, que surplombent ces trois pourceaux hilares et anthropomorphes a, lui, le visage simiesque, le sourire convulsivement figé dans toute sa vulnérabilité. De face, sous sa fontaine de cheveux, il se ferme comme pour résister à l’aveuglement du flash qui lui dévore le visage. De l’inconvénient d’être né. « A mesure qu’elle s’éloigne de l’aube et quelle avance dans la journée, écrit Emil Cioran, la lumière se prostitue, et ne se rachète — éthique du crépuscule — qu’au moment de disparaître »(ii). Ici, la lumière a la blancheur glauque, terne, crue et souillée d’un abreuvoir. Elle me rappelle de loin en loin celle des « deux lutteurs japonais près d’un évier », ce lavabo de Lucian Freud, peint entre 1983 et 1987. Mais dans le tableau de Joelle Delhovren, l’eau cristalline ne coule pas. C’est une toile « d’un monde sans gravité », dit-elle. Ou plutôt d’une impossible quelconque légèreté. Ce tableau est un singulier théâtre de toute comédie — ou tragédie humaine, où le peintre maîtrise parfaitement l’écart entre le réel et la chose représentée, avec des degrés de véracité différents et mesurés, rendant notre perception du tableau plus dynamique encore.
Comment dès lors appréhender d’autres toiles ? Ce triptyque, par exemple, qui nous montre un garçonnet gonflant à toutes joues un ballonnet. Un ballon, certes, c’est le titre, un, deux ballons et même trois puisqu’en triptyque et plans serrés. Et le gamin s’époumone, il s’agrippe au ballon, serré entre ses mains. Un ballon, un sein maternel, une vessie de porc, la baudruche de toutes les illusions. Ou cette toile d’une fillette au bain, « Toys » : la gamine est sans âge, elle est figure et pure présence immobilisée, mais traversée par le temps ; présumée innocente, elle barbotte avec son requin préféré. Le canard jaune tatouant la toile, à ses côtés, ce sera pour maman. Ces « Miam », aussi et ces goûters, tous « sans titre », donc sans qualité. Tu manges comme un cochon, goinfre ; gosses grotesques, si peu angéliques, les yeux plus grand que le ventre. C’est là, degrés de voracité. La suite des « Miam » me semble quasi cinématographique, plans resserrés sur un visage de femme, des yeux, un nez, une bouche ensanglantée de confiture de fruits rouges. Regard renversé de l’extase, langue viandeuse, presque obscène, c’est le festin nu de la chair vive, l’amplitude de la sensation, cette sensation d’être et de l’être. « Quand elle est ainsi rapportée au corps, écrit Gilles Deleuze à propos de l’œuvre de Francis Bacon, la sensation cesse d’être représentative, elle devient réelle ; et la cruauté sera de moins en moins liée à la représentation de quelque chose d’horrible, elle sera seulement l’action des forces sur le corps, ou la sensation, le contraire du sensationnel »(iii). Je me dis qu’on ne peut négliger cette remarque que Francis Bacon fait quant à la zone d’indiscernabilité entre l’homme et l’animal : « Si je vais chez un boucher, je trouve toujours surprenant de ne pas être là, à la place de l’animal »(iv). Et c’est Lucian Freud qui, dès 1954 alors qu’il exposait avec Francis Bacon à Venise, déclara que le but de la peinture est «d’ouvrir par la sensation à une intensification de la réalité »(v). Tous ces « Miam » sont pour le moins intenses et finalement si peu sensationnels. Cette toile panoramique, enfin, ces jeunes filles promenant au bois, « tant que le loup… », précise le titre du tableau, le loup ou le cochon peut-être. Les frondaisons, presqu’abstraites, comme aquarellées — il faut que j’évoque la touche picturale —, invitent à la promenade, elles s’ouvrent aussi comme un abîme sur le ciel d’où surgit le visage des jeunes filles, de la jeune fille plutôt, car il s’agit de deux fois la même, bâfreuse rousse, goulue, gloutonne, provocant le regardeur de sa goinfrerie, extasiée de ses souillures. Pourquoi donc ai-je « Les Idiots » de Lars Von Triers en tête et leurs comportements de retardés mentaux, libérés de toute inhibition ? La figure s’interpose ici entre notre regard et l’Abîme. Non, il n’est pas question d’une quelconque interprétation psychologique ; il s’agit ici, captant le réel de sonder sans cesse l’animalité de la figure humaine. De toile en toile défile comme une chronique de l’humanité en prise avec son inhumanité. Et l’identité humaine se situe dans le corps, non pas dans l’abstraction de l’âme.  « Corps suis tout entier, écrit Friedrich Nietzsche, et rien d'autre, et âme n’est qu’un mot pour désigner quelque chose dans le corps. Le corps est une grande raison, une pluralité à sens unique... »(vi)
Peindre, dépeindre. Les tableaux le sont souvent dans les tons bruns, blancs, gris. La toile est écrue, j’ai failli écrire crue, juste encollée à la caséine ou à la peau de lapin. La touche accroche, la toile résiste. Joëlle Delhovren épuise la figure d’une touche économe. « Moins il y en a, mieux c’est, dit-elle ». Même la vacuité délibérée de certaines zones de la toile est habitée d’humanité. Une humanité, oui, toute l’humanité même. Singulier rapport que l’artiste entretient avec son modèle, cette intimité qu’elle instaure avec le sujet qu’elle scrute, même lorsque celui-ci n’est que photographié, afin d’en figer le souvenir avant de peindre. C’est bien l’identité humaine que sonde sans cesse le peintre. Certes, il y a Rosalie, Arié, comme il y a eu Isa, Phil, Anna, Philip (vii) ; mais ceux qui ne sont pas nommés n’en sont pas moins proches. Ou lointains. Ou présents. Ils sont corps habités par le peintre, tel cet homme âgé qui campe à l’entrée de l’atelier. « Sans gravité » lui aussi, et pourtant, corps épuisé, éreinté par l’artiste, et d’une telle force gravitationnelle. La grâce ne l’a pas déserté, elle est là où on ne l’attend pas. Il en va de leur véracité à tous, de leur réalité plus que de leur identité ; il en va de capter le réel, au delà de ce que l’on voit. Il y a tous ces regards, usés, renversés, plissés, détournés, curieux, fixes ou étonnés, grands ouverts ou sans psyché. Sans doute sont-ce là autant de regards au monde, bien plus que fenêtres ouvertes sur l’âme. Comme le regard du peintre. Et la peinture de Joëlle Delhovren pourrait bien être celle du vertige.
Jean-Michel Botquin
Liège, novembre 2010.

(i)Et Martin Kippenberger de poursuivre : « Pourtant je dois avouer que je peins aussi des petits tableaux qui ont vraiment l’air de tableau « au dessus du canapé ». Mais c’est pour payer ma cuisine. Cela doit rester exceptionnel. Ils représentent deux pour cent de ma production. C’est mon luxe. Et j’espère que ces tableaux seront profondément mal compris ». Martin Kippenberger dans « Kippenberger sans peine », édition du MAMCO, Genève, 1997.

(ii)Emil Cioran, « De l’inconvénient d’être né », Paris, Gallimard, 1973.

(iii)Gilles Deleuze, « Francis Bacon. Logique de la sensation », Paris, La Différence, 1996.

(iv)Cité par Gilles Deleuze, Ibidem.

(v)« Lucian Freud, L’atelier », sous la direction de Cécile Debray, Centre Pompidou, 2010.

(vi)Friedrich Nietzsche, « Ainsi parlait Zarathoustra », NRF Gallimard, Œuvres Complètes, partie I, Des contempteurs du corps.

(vii)Inattendus et singuliers sont ces portraits de Roth, Beigbeider ou Houellebecq, parmi tous ces « proches ». Amusant de constater que Joëlle Delhovren a peint le portrait de Michel Houellebecq cinq ans avant le projet de Jed Martin. « J’ai été pris en photo des milliers de fois, mais s’il y a une image de moi, une seule, qui persistera dans les siècles à venir, ce sera votre tableau ». (Michel Houellebecq, la carte et le territoire, Paris, Flammarion, 2010).

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Jean-Michel Botquin (Nederlandse vertaling)

Schilderen. Kinderen in het bad; andere tijdens het vieruurtje. Portretten van mannen, vrouwen, kinderen. Jonge meisjes in het bos schilderen. Handen schilderen, vaak als een beschrijving. Een zeepbellen blazend jongetje schilderen, zoals Edouard Manet of Chardin dat deden. Blikken schilderen, nog vaker zelfs dan handen. Hier is echter niets onbeduidend, zachtaardig of onschuldig. Van mijn bezoek aan het atelier van Joëlle Delhovren, bewaar ik het gevoel van een paar uppercuts, waaraan ik trouwens niet heb geprobeerd te ontsnappen. Het scopisch geweld van de onderzoekende blik van de schilder wordt ongetwijfeld voortgezet door de nieuwsgierige blik van de toeschouwer. Het was Martin Kippenberger die de raad gaf om ‘niets te maken voor tandartsen.’ ‘Dat men me vooral niet aanziet voor iemand wiens schilderijen je boven het bankstel kunt hangen’ voegde hij daaraan toe.i Deze les is zeker aangekomen, geabsorbeerd, verteerd. Joëlle Delhovren maakt geen werk voor tandartsen, noch voor diegenen die al bang zijn voor het idee van de verdovingsprik voorafgaand aan het trekken van een tand. Ze gaat op in het moment, werkt zonder toegevingen, omdat de tijd die ze ter beschikking heeft zo kort is als het leven, omdat het voor haar een noodzaak is om zich uit te drukken. Een adem vatten, vastleggen wat je niet met je handen kunt grijpen, zelfs het onnoembare, het onvoorstelbare schilderen, het aanwezig maken, want het gaat er juist om het voor te stellen.
Ik herinner me de varkens, diegene die ik zag in haar atelier. Ook andere, die ze vroeger schilderde, die drie biggetjes versteend in een burleske steeplechase, ze springen over de rand van de trog waarin een kind een bad neemt; die twee andere varkentjes, de snuit vooruit, opduikend tijdens een kinderspel. Het varken uithangen; kunstenaars, van Félicien Rops tot Wim Delvoye of Thierry Zéno om niet terug te gaan tot Jeroen Bosch, hebben vaak met een zeker genot het varken gecultiveerd. Het is beladen met symboliek, van vraatzucht tot wellust, van obsceniteit tot uiterste sensualiteit, het wordt geassocieerd met perversiteit, met vuiligheid, het onzuivere, ploeterend in de modder en het slijk. Deze varkentjes kwijlen vrolijk; meer nog dan hun voorgangers, leunend over het balkon onder een hemel als een theaterdecor, belichamen ze het abjecte, het gemene, het verachtelijke van de mens, ze evoceren het schandelijke dat zo vaak wordt opgeroepen in het varkensbestiarium van politieke, oorlogszuchtige, maatschappijkritische, antiklerikale satirische prenten van de negentiende eeuw. Buffon wees er al op dat het varken in staat is om zijn eigen kroost op te eten. En het kind dat in de trog baadt, waarop die drie vrolijke en antropomorfe varkens leunen, heeft in al zijn kwetsbaarheid een krampachtige lach op het aapachtige gezicht. En face weergegeven, onder zijn haarfontein, sluit hij de ogen, alsof hij zich wil verzetten tegen de verblinding van de flash die zijn gezicht kwelt. Tegen het ongemak geboren te zijn. ‘Naarmate het zich van de dageraad verwijdert en vordert in de dag, schrijft Emil Cioran, prostitueert het licht zich, en koopt zich pas weer vrij – ethiek van de schemering – op het moment dat het verdwijnt.’ii Hier heeft het licht de onaangename, vale en bezoedelde witheid van een drinkplaats. Het doet me af en toe denken aan de ‘twee Japanse worstelaars bij een wasbak’, die spoelbak van Lucian Freud, geschilderd tussen 1983 en 1987. Maar in het schilderij van Joelle Delhovren stroomt het heldere water niet. Het is een doek ‘van een wereld zonder zwaarte’ zegt zij. Of veeleer van een onmogelijke lichtheid. Dit schilderij is een bijzonder theater voor alle menselijke komedie, of tragedie, waarin de schilder perfect de afstand beheerst tussen de werkelijkheid en de voorstelling, met verschillende en weldoordachte graden van waarachtigheid, die onze perceptie van het doek nog dynamischer maken.
Hoe dan het andere werk te benaderen? De triptiek bijvoorbeeld waarop een jongen te zien is die met bolle wangen een ballon opblaast. Een ballon, zeker, dat leert ons de titel, een, twee en zelfs drie ballonnen, want het is een triptiek in close-up. En de jongen blaast de longen uit zijn lijf, hij klampt zich vast aan de tussen zijn handen geklemde ballon. Een ballon, een moederborst, een varkensblaas, een vat van alle illusies. Of dat doek van een meisje in het bad ‘Toys’: het kind is leeftijdloos, ze is figuur en zuivere immobiele aanwezigheid, maar toch aangeraakt door de tijd. Zogenaamd onschuldig speelt ze met haar lievelingshaai. Het gele eendje dat naast haar bovenop het doek is afgebeeld, zal voor mama zijn. Die doeken die ‘Miam’ heten ook en die vieruurtjes, alle ‘zonder titel’ en dus zonder eigenschap. Je eet als een varken, gulzigaard; groteske kinderen, zo weinig engelachtig, de ogen groter dan de buik. Daar gaat het om, graden van vraatzucht. Het vervolg van de ‘Miam’-doeken lijkt me quasi cinematografisch, close-ups op een vrouwengezicht, ogen, een neus, een mond rood gekleurd van de rode vruchtenjam. Extatische blik, bijna obsceen, het is het naakte festijn van het levend vlees, de amplitude van het gevoel, dat gevoel te zijn en van het zijn. ‘Als het op die manier in verband wordt gebracht met het lichaam, schrijft Gilles Deleuze over het werk van Francis Bacon, dan houdt het gevoel op voorstellend te zijn, dan wordt het reëel; en de wreedheid zal minder en minder verbonden zijn met de voorstelling van iets vreselijks, ze zal alleen de actie zijn van de krachten op het lichaam, of het gevoel, het tegenovergestelde van het sensationele.’iii Ik denk dat we de opmerking van Francis Bacon over de zone waar het verschil tussen de mens en het dier niet te onderscheiden is, niet mogen vergeten: ‘Als ik naar een slager ga, vind ik het altijd verrassend dat ik niet daar aan de haak hang, in de plaats van het dier.’iv En het was Lucian Freud die, in 1954 toen hij met Francis Bacon in Venetië exposeerde, zei dat het doel van het schilderen ‘het gevoel openstellen is voor een intensifiëring van de realiteit.’v Al die ‘Miam’-doeken zijn op zijn minst intens en uiteindelijk zo weinig sensationeel. Dat panoramische doek, ten slotte, die jonge meisjes wandelend in het bos, ‘zolang de wolf…’ zegt de titel van het doek, de wolf of misschien het varken. Het gebladerte, bijna abstract, alsof het geaquarelleerd is – ik moet het hebben over de picturale toets – nodigt uit voor een wandeling, het opent zich ook als een afgrond op de hemel waartegen het gezicht van de jonge meisjes opduikt, eigenlijk van het jonge meisje, want het is twee keer dezelfde figuur, een schrokkerige, roodharige, gulzige veelvraat, de toeschouwer provocerend met haar gevreet, extatisch over haar bezoedeling. Waarom moet ik denken aan ‘De idioten’ van Lars Von Triers en hun gedrag van mentaal achterlijken, bevrijd van elke remming? De figuur plaatst zich hier tussen onze blik en de afgrond. Nee, er is geen sprake van een of andere psychologische interpretatie. De werkelijkheid vattend gaat het hier om het onophoudelijke peilen naar de dierlijkheid van de menselijke figuur. Van doek tot doek defileert hier een kroniek van de mensheid worstelend met zijn onmenselijkheid. En de menselijke identiteit bevindt zich in het lichaam, niet in de abstractie van de ziel.  ‘Ik ben helemaal lichaam, schrijft Friedrich Nietzsche, en niets anders, en ziel is slechts een woord om iets in het lichaam aan te duiden. Het lichaam is een grote rede, een veelheid met één betekenis...’vi
Schilderen, afschilderen. De schilderijen zijn vaak in bruine, witte, grijze tinten. Het doek is ecru, ik schreef bijna cru, alleen maar geprepareerd met caseïne of konijnenlijm. De toets hapert, het doek verzet zich. Joëlle Delhovren zet de figuren neer met een zuinige toets. ‘Hoe minder er staat, hoe beter het is’, zegt ze. Zelfs de leegte van sommige partijen van het doek is bewoond door menselijkheid. Een menselijkheid, ja, zelfs de hele mensheid. Een unieke relatie die de kunstenares met haar model heeft, die intimiteit die ze tot stand brengt met het onderwerp dat ze bestudeert, zelfs als dit slechts gefotografeerd wordt om de herinnering ervan vast te leggen vooraleer het te schilderen. Het is wel degelijk de menselijke identiteit die ze onophoudelijk peilt in haar doeken. Natuurlijk is er Rosalie, Arié, zoals er Isa, Phil, Anna, Philip waren.vii Maar diegenen wier naam niet genoemd wordt zijn daarom niet minder nabij. Of ver weg. Of aanwezig. Ze zijn lichamen bewoond door de schilder, zoals die oude man die aan de ingang van het atelier zit. Ook hij ‘Zonder zwaarte’ en nochtans met uitgeput lichaam, afgebeuld door de kunstenares, en met een grote gravitatiekracht. De charme heeft hem niet verlaten, ze is daar waar men ze niet verwacht. Dat geldt ook voor de waarachtigheid van alle geschilderde modellen, hun realiteit veeleer dan hun identiteit; het gaat erom de werkelijkheid te vatten, voorbij dat wat we zien. Er zijn al die blikken, afgestompt, naar binnen gekeerd, samengeknepen, afgewend, nieuwsgierig, starend of verbaasd, totaal open of zonder psyche. Het zijn ongetwijfeld evenzoveel blikken op de wereld, veel meer dan vensters geopend op de ziel. Zoals de blik van de schilder. En het is goed mogelijk dat de schilderkunst van Joëlle Delhovren die van de duizeling is.
Jean-Michel Botquin
Luik, november 2010

(i)En Martin Kippenberger gaat verder: ‘Nochtans moet ik toegeven dat ik ook kleine doeken schilder die er echt uitzien als schilderijen voor ‘boven het bankstel’. Maar dat is om mijn eten te betalen. Dat moet een uitzondering blijven. Ze vertegenwoordigen twee procent van mijn productie. Dat is mijn luxe. En ik hoop dat die doeken totaal verkeerd begrepen zullen worden’. Martin Kippenberger in ‘Kippenberger sans peine’, édition du MAMCO, Genève, 1997.

(ii)Emil Cioran, ‘De l’inconvénient d’être né’, Parijs, Gallimard, 1973.

(iii)Gilles Deleuze, ‘Francis Bacon. Logique de la sensation’, Parijs, La Différence, 1996.

(iv)Geciteerd door Gilles Deleuze, Ibidem.

(v)‘Lucian Freud, L’atelier’, o.l.v. Cécile Debray, Centre Pompidou, 2010.

(vi)Friedrich Nietzsche, ‘Ainsi parlait Zarathoustre’, NRF Gallimard, Œuvres Complètes, partie I, Des contempteurs du corps.

(vii)Onverwacht en eigenaardig zijn de portretten van Roth, Beigbeider of Houellebecq, tussen al die van haar ‘verwanten’. Het is amusant om vast te stellen dat Joëlle Delhovren het portret van Michel Houellebecq vijf jaar voor het project van Jed Martin schilderde. ‘Ik werd duizenden keren gefotografeerd, maar als er één beeld van mij is, dat de komende eeuwen zal doorstaan, dan is dat uw schilderij.’ (Michel Houellebecq, la carte et le territoire, Parijs, Flammarion, 2010).

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Philippe Agéa (Exporevue)

De la fragilité du PATRIMOINE (2010)

La vision de Joëlle Delhovren est l'inverse absolu de l'instantané : elle voit le temps, la durée, l'être dans sa dimension temporelle dans toutes les étapes de sa vie, ses moments clés, plaisirs et souffrances, tout ce tissu d'interaction entre le passé et le présent, ce qui persiste des souvenirs, l'écheveau des liens et des filiations familiales ou affective, les vanités, la quatrième dimension en quelque sorte.
Elle le montrait doublement dans des scénettes basées sur des photographies anciennes sans être des arrêts sur image, des instantanés narratifs mais des états d'âmes d'autrefois, des "flashback" intemporels, de par leur contenu et leur apparence plastique.
Après avoir montré la douleur, l'usure de la vie, les maux de la chair et de la nature humaine, les jours qui s'envolent, les sentiments qui s'expriment, l'horizon d'une vision plus globale lui est apparu et avec elle la nécessité de l'exprimer dans ces peintures : la légèreté.
De tout ce qui est pesant, la matière corporelle et les scarifications du passé, la blessure du vécu, elle l'a couché sur ses toiles pour s'apercevoir qu'il restait autre chose par delà cette épaisseur silencieuse.
Sa pratique picturale singulière et les événements de sa propre vie lui on fait découvrir qu'après la lourdeur des choses, les peurs, la pression de la responsabilité, "l'extrême légèreté de l'être" était effectivement une réalité éthérée de la vie sans poids et sans substance, bien plus puissante que les déboires de nos années écoulées. Cette toile d'araignée silencieuse liant de l'humanité et de son histoire laisse l'anecdotique souffrance en décalage de l'essentiel, sans nier l'expérience, le deuil, la perte, la pathologie, la folie ordinaire.

Elle regarde aujourd'hui l'essentiel de l'existence, ce qui reste quand on a tout oublié, la fugacité des choses, la fragilité du vivre dans toute sa durée et elle l'exprime avec la plus grande simplicité tout en contenant une sorte d'absolu : l'enfant qui fait des bulles ou qui tient les fils d'invisibles marionnettes, de simples mains qui "pensent" et qui sont toute la transcendance du genre humain, les racines de toutes les générations au travers des siècles montrées par des mollets et pieds d'enfants qui s'éloignent en marchant comme seul des "bambins" peuvent le faire, toute une culture, un univers, mais aussi toute l'expression du devenir, le futur au delà du réel…
L'enfant s'émerveille d'un rien, donc de tout, car le passé comme le futur ne le concerne pas, et il traverse l'espace avec la légèreté du papillon.
Joëlle quitte le temps, l'espace n'existe pas, pour l'immanence et toute ses promesses de sérénité.


Philippe Agéa

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Pierre-Louis Humbert (2 mai 1951 - 29 mai 2010) 2009

UN MONDE SANS GRAVITÉ

Maman a poussé un cri. Comme un hurlement mais plus court. Peut-être de surprise. Et puis une deuxième fois encore, avec le son qui s’arrête de crier, lentement, et puis qui s’étrangle tout à fait, houiii-houiii ! Elle ne s’attendait sûrement pas. Elle gardait la main sur la poignée de porte en céramique blanche. Alors moi déjà premièrement, sourire. Mais en même temps ça cherche à toute vitesse dans ma cervelle. Qu’est-ce que je peux bien lui expliquer ? Est-ce qu’un sourire est suffisant pour expliquer ? Je creuse dans ma cervelle et en attendant je souris.
Il paraît qu’avant on les mangeait les cervelles, mais pas celles des êtres humains, plutôt celles des moutons, une petite cervelle coupée en deux moitiés qu’on faisait revenir dans du beurre. Maman dit que c’était très bon et qu’on devenait surpuissant d’intelligence. Et puis un jour il y a eu la maladie des cervelles, apparue sans crier gare et dont l’être humain pouvait mourir. Pouf, tu manges de la cervelle et tu es mort…
Qu’est-ce que je pourrais bien lui expliquer ? Je vais noyer mon grand sourire et lui dire que je ne les attendais pas. Que je prenais tranquillement mon bain en faisant bien attention à me savonner exactement partout, et puis que, sentant l’eau, mon corps et ses saletés, ils sont entrés. Par la porte, qui n’était qu’entrefermée. Je suis quelqu’un qui laisse entrefermées les portes. Est-ce que je pense aux animaux que je peux commander d’une seconde à l’autre ? C’est comme cela qu’eux sont entrés. Ensuite ils ont grogné, ahané, entrelardé mes regards. Ma parole, je suis sûr qu’ils riaient, en tout cas moi j’étais vraiment heureux. Quel bonheur ! J’avais déjà eu deux pies, elles vont toujours par couple et quand l’une se fait écraser, l’autre se laisse mourir sur le côté de la route. C’est souvent le mâle qui part en premier. À moins qu’elle n’aille manger un hérisson écrasé, aussi. En tout cas elle ne becquette pas son ami(e) mort(e), jamais de la vie.
J’avais aussi eu un renard dans ma chambre. C’est rusé, un renard. Je l’ai gardé au moins deux mois. Il se faufilait sous mes couvertures et me léchait les pieds. Maître renard pas l’odeur alléché… Ensuite, j’ai eu un cheval, un gros percheron que j’adorais. La nuit, je lui grimpais sur le dos, je perdais mon nez dans sa crinière et dormais ainsi, tranquille, les jambes tout écartées, les mains agrippées à mi-garrot. Il ne bougeait pas, ne s’ébrouait pas en hennissant, ne faisait aucun bruit. Et moi je dormais, bercé par sa respiration profonde. Les chevaux dorment debout. Couchés signifie qu’ils sont malades.
Avec ces trois de la salle de bain – j’ai un mal fou à dire leur espèce- avant de commencer à jouer nous avons parlé de tout, de la vie, de la mort, de cette existence qu’ils ont. Promis au couteau et tout se mange, sauf leurs sabots en corne, un peu comme nos ongles, la phylogénétique atteste que c’est pratiquement la même chose dans l’ordre de l’évolution des races.
Et moi donc, mon existence ! J’apprends à manger proprement, c’est déjà ça. Et aussi à lire et à écrire, dans une école pour ceux qui présentent des qualités supérieures, les surdoués. Pourtant certains disent que nous sommes des agités. Des hyperactifs, disent-ils. Et même certains des tarés. Par exemple, mais lui s’inscrit sûrement dans la nosographie de la débilité, un camarade de ma classe - la Terminale scientifique - jonglait avec trois couteaux de cuisine et deux grenades dégoupillées, en tout cas c’est ce qu’il prétendait. Nous ne le croyions qu’à peine en le voyant gesticuler. Mais un jour il a fait exploser son ventre, il était tout sanguinaire, on lui voyait la cervelle des intestins, et bloup, il est mort devant nous. Bien sûr, à titre posthume, nous l’avons un peu plus cru.
Mes animaux s’avèrent quand même moins dangereux. Sauf un soir où ils ont fait une erreur, est arrivé un tigre alors que je demandais un zèbre. Parce que le félin avait bouffé l’équidé une heure plus tôt, encore tout chaud dans son ventre, ce qui expliquait l’erreur thermographique. C’est étrange, normalement le tigre dans sa jungle ne côtoie pas le zèbre de la savane. Je ne leur ai rien dit, ils sont rapidement venus le reprendre. Car je n’ai rien à dire, un jour j’ai moi-même commis une erreur : j’avais convoqué un éléphant des Indes, celui qui a les petites oreilles et la courbe du dos plus marquée, et ils m’ont livré un mammouth. Je m’étais trompé d’image. Vivant, oui, avec ses immenses défenses noires martelées et son long poil de bourre. Ce devait être un spécimen des pays froids. Il n’avait pas l’air gentil gentil.
Mais comment va-t-elle me croire ? Elle ne me croit pas souvent, Maman. Elle me croit comme un menteur, ou un malade. Maman est sûre que je suis malade mental et que c’est avec ma tête que je fais entrer mes animaux. Tandis qu’ils existent, je les touche, leur siffle dans les oreilles. Eux, même leurs oreilles se mangent, et à ce moment-là on les appelle des porcs. On me les a livrés. Cela fait longtemps que j’attendais d’oser cet animal. C’est moi qui décide, mais ensuite ils vont me suivre où que j’aille, un peu comme des chiens mais en moins domestique, en plus salissant. Dans les rues de la ville, les chiens, si on leur apprend, font leurs besoins dans des sacs plastique. Eux ne font pas où on leur demande, loin de là.
Pourquoi a-t-elle crié en ouvrant la porte ? C’est qu’elle les a vus, ou je ne comprends plus. Elle a hurlé houiii-houiii, puis a refermé la porte précipitamment. D’habitude quand je lui montre elle dit ne rien voir, juste le rebord de mon bain, un rebord normal, dong, sans animaux appuyés dessus. Nerveuse elle dit ça, elle se veut rassurante mais je la trouve nerveuse. Une fois j’ai même eu un cerf, un autre jour un aigle déployé majestueux, serres ancrées sur le lavabo. Et encore deux phacochères. Maman ne voulait pas le savoir, mais fixait quand même l’endroit où ils se trouvaient.
Aujourd’hui ce sont trois cochons. Réussi à le dire. Nous rions tous les quatre. Quand elle m’a fait naître, Maman dit souvent que j’étais comme un porc plein de sang. Elle n’aimait pas mes oreilles en pointes. Ne pouvait pas me toucher, au contraire. Elle m’a toujours tenu loin d’elle. Longtemps je me suis pris pour eux.
J’entre dans sa croyance. Ne t’en fais pas, Maman, je n’aurai pas d’autres animaux aujourd’hui. Le thérapeute de l’école m’a conseillé d’arrêter. Ce serait mieux pour mes résultats, a-t-il ajouté. Je ne connais personne qui les apprécie. Parfois, secrètement, je les montre à un camarade de classe en échange d’une petite voiture. La dernière fois, Lucas a secoué la tête en riant . Qu’est-ce qu’ils ont tous ? Lui a bien deux sexes, est-ce que je ris, moi ? Quand je lui ai demandé de me les montrer, donnant-donnant, il a baissé son short et je n’ai vu qu’un seul bout de chair tout racorni. Je n’ai pas ri. Tandis qu’avec le mien, je suis paré pour l’avenir. Je l’ai pris au cheval avant de leur retourner. Si Maman ne me colle pas dans un institut fermé, avec comprimés, gouttes et groupes thérapeutiques. Gymnastique, vaisselle et atelier peinture. Et que deviendra-t-elle ?

Aïe, la porte s’est rouverte. Pourquoi a-t-elle appelé le docteur Bideau ? Elle ferait mieux de s’adresser à son docteur à elle ! Je t’en pose, moi, des questions, thérapeute de mes cauchemars ? Non, tu ne touches pas à mes cochons ! Même avec une serviette. Tu me les laisses. Arrête de frotter la mousse sur le mur, tu vas les faire partir.
Ils t’ont mordu. Je t’avais prévenu. Tu auras la myxomatose. Car maintenant, avec cette toute petite quantité de mousse qui reste, il n’y a plus qu’un lapin, un lapereau, même, qui est en train de se transformer en serpent, une longue traînée verticale glissant sur l’émail. Nous ne vivons pas dans un monde sans gravité. La gravité c’est quand on tombe. Psychose, le serpent, je vais l’appeler.
Pierre-Louis Humbert ( Mars 2009)

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Interview de Joëlle Delhovren par Doc Mac (Revue Art Scènes - Puls'Art 2008)

 

Présente sur Puls’Art 2008 nous avons eu le bonheur de découvrir Joëlle Delhovren. Une œuvre humaniste, forte, sensible qui n’a laissé personne indifférent. L’œuvre de Joëlle Delhovren est une écriture particulière, un voyage en profondeur vers l’autre qui pourrait très bien être vous ou moi, une œuvre qui va aussi à l’essentiel sans complaisance, à la fois riche et dépouillée, une mise à nu de l’individu qui force l’admiration. Ajoutons à cela une maîtrise picturale de très haut niveau et à y regarder de plus près parfois une
touche d’humour et de tendresse ... Tous ces petits détails symbolisent l’âme de l’artiste. Il était donc normal de prendre le temps de cette interview, histoire de vous faire mieux connaître Joëlle Delhovren et son œuvre.


Doc Mac : Résumer le travail de Joëlle à sa peinture serait trop réducteur, il y a aussi ses carnets, mélange d’images, dessins et mots d’auteurs ; considères tu ces carnets comme le prolongement de ton œuvre picturale ou comme un complément, une ouverture au dialogue?


Joëlle Delhovren : J'ai débuté ce travail par carnets parallèlement à ma peinture, c'était une façon de la nourrir si on veut. Dans un premier temps je me suis mise à les exposer avec elle, ce qui a amorcé une confrontation, un dialogue entre carnets renvoyant aux peintures et ainsi de suite. Je pense que la plus grande partie du travail du peintre se passe dans sa tête, pas dans sa main. Ces carnets ont chacun leur thématique et me permettent de développer des réflexions de page en page en mêlant toutes sortes de points de vue. Ce sont les visions que j'ai du monde et cette façon de travailler m'apporte le recul nécessaire à l'élaboration de mes peintures.


Doc Mac : L’humain qui est au centre de tes créations s’est-il imposé à toi dès tes débuts?


Joëlle Delhovren : Oui complètement, il n'y a que ça qui m'importe dans la vie comme en peinture. Ca peut paraître paradoxal au vu de ma façon de travailler très solitaire. L'humain a toujours été mon sujet, depuis que je me suis mise à dessiner vers 3 ou 4 ans, jusqu'à m'amener plus tard à la peinture.


Doc Mac : Ta source d’inspiration semble venir naturellement du quotidien pour une bonne partie de tes œuvres, comment trouves tu tes sujets?


Joëlle Delhovren : Il n'y a qu'à ouvrir les yeux chaque matin pour se rendre compte que rien n'est anodin, personne n'est banal. Le quotidien c'est la vraie vie, tout se trouve là.


Doc Mac : Le portrait est la forme de langage la plus utilisée dans tes créations, choses surprenante la relation avec un type de « Cadrage » souvent utilisé en photo ce qui donne une forme de théâtralité à tes peintures. Y-a t’il pour toi une relation directe entre photographie et peinture?


Joëlle Delhovren : Dire "portrait" c'est une façon de classifier, pour moi ça reste des peintures - d'où les nombreuses toiles "sans-titre". J'ose espérer que ces visages fonctionnent pour eux-mêmes, sans référence identitaire et au-delà de la "ressemblance". Le côté "théâtral" est quelque chose qui m'échappe, ce n'est pas une volonté de ma part, je ne peux pas l'expliquer. J'ai toujours peint les gens parce que c'est ça qui m'intéresse. Et un regard n'étant jamais objectif, ce qu'il y a "autours" n'avait pas d'intérêt pour moi, d'où le "cadrage". La photo me permet de fixer quelque chose de souvent très fugitif. C'est impossible avec le modèle "vivant" qui avouons-le, au bout d'un moment a surtout l'air de s'ennuyer. Ce n'est pas une question de difficulté/facilité, c'est le propos qui est différent. Grâce à la photo il y a un tout autre rapport: le temporel. Alors oui la photo existe, je m'en ert. Je me l'approprie bien mieux qu'une personne présente. Silence, concentration et solitude une bonne dizaine d'heure par jour... Ca se passe entre moi et moi. Alors la photo ça aide bien sûr.

Doc Mac : Tes œuvres les plus récentes sont un assemblage de sujets, prenons par exemple « Toys » ou « Un monde sans gravité » on assiste à une mise en scène particulière, qu’est-ce qui t’a poussé à travailler dans ce sens?


Joëlle Delhovren : - "Un monde sans gravité" c'est aussi le nom d'un carnet et de toute la série de toiles qui en découlent. Un titre en forme de clin d'oeil à "l'homme sans qualité' de Robert Musil. C'est une réflexion sur notre époque, ses valeurs, ses priorités, ses degrés de légèreté,... Les titres proposent une lecture, mais chacun voit ce qu'il veut. Moi je ne fais que me questionner sur ce que je vois, j'observe les petites horreurs anodines du quotidien.

Doc Mac : L’utilisation de la toile brute a t’elle une signification particulière pour toi?


Joëlle Delhovren : - On ne peut pas parler en terme de signification... Il y a une grande part de plaisir à travailler contre la résistance d'une toile écrue. Mes toiles sont encollées à la caséïne ou la peau de lapin que je prépare sans charge de blanc ou autre, ce qui ne "bouche" pas la trame. Et puis, on ne se demande jamais ce que le blanc signifie. Or il n'est pas neutre. Pour moi, en peinture, moins il y en a mieux c'est. La toile "brute" m'apporte un support sans couleur, sur lequel toutes celles que je viendrai ajouter prendront toute leur place, y compris les zones "non peintes".


Doc Mac : Ayant eu l’occasion de voir un bon nombre de tes œuvres, une chose m’a marqué et je ne résiste pas au plaisir de te poser cette question. Le regard de tes personnages semblent avoir une importance considérable dans tes portraits, regards interrogateurs, yeux fermés, yeux rieurs, etc ... En fait l’ensemble de la composition de tes tableaux semble nous offrir plusieurs niveaux de lecture. L’un par le fond brut de tes toiles, l’autre par le choix des couleurs et la maîtrise de la matière et enfin, le regard. Peux tu nous révéler quelques unes de tes pensées sur le sujet ?


Joëlle Delhovren : - Le but n'est jamais que tout soit tout de suite compris, c'est ça qui donne sa saveur à la peinture. Quand tous les éléments se répondent, se renvoient les uns aux autres, ils se renforcent ou se mettent en abîme et créent une tension. Moi même je ne sais pas tout ce que je fais, et je crois que ce sont mes meilleurs travaux. Il y a quelque chose là dedans qui m'échappe et c'est sans doute parce que la peinture autant que l'humain gardent encore leurs mystères pour moi et continuent de me fasciner. Je n'ai pas de recette, chaque toile est une nouvelle discussion, et les questions qu'on se pose en les regardant sont sans doute celles que je me pose en les peignant. Si un jour je me mets à tout maîtriser je crois que je m'ennuierai, et le spectateur aussi.


Doc Mac : Merci de nous avoir accordé un peu de ton temps pour nous répondre.

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Edith Herlemont-Lassiat (Exporevue,janvier 2008 Bruxelles)

Exporevue
 
Portraits de chair et d'âme. Sans gravité ?


"Joëlle Delhovren est d’abord une portraitiste, dans la pure lignée des artistes anglais. Une portraitiste puissante et sensible. On peut sans doute, dans une première approche, identifier une filiation avec Lucian Freud. Mais au-delà de cette première évidence caractérisée par le même traité presque aquarellé de ses toiles, les touches puissantes de son geste et les coloris sans concessions de ces visages ciselés, on observe très vite qu'elle développe un univers très personnel. Elle crée de "vraies gueules", sans repentir, comme celles du cinéma de Gabin et saisit des morceaux de vie intenses, des sentiments exacerbés. On devine ses propres références de vie, ses doutes et son empathie avec un monde sur lequel elle projette un regard acéré, sans illusion d'où pourtant, la fraîcheur et une forme de douceur ne sont pas totalement exclus.
 
Elle offre un message complexe et une lecture à plusieurs entrées. On peut lire, notamment dans son traité étonnant du sujet des enfants, une proximité de fond et de forme avec les frères Chapman et Grayson Perry, artistes du Turner Prize 2003. On pense à Dinos et Jake Chapman pour leur représentation lucide, cynique de la mort et de l’horreur masquée et détournée par l'inclusion de symboles Disney ou issus des cartoons. Et à Grayson Perry, dont les céramiques parlent des perversions sous l’apparente élégance cossue de l’objet. Une gravité masquée. Sans  gravité ? comme l'évoque l'un de ses titres.
 
Elle réfléchit sur les apparences et remet en question l’esthétique d’un monde lisse, maîtrisé, tout en faux-semblants. Elle traque l'illusion, le mensonge, les aveuglements d'une société consumériste et destructrice. Elle traque l'inutile et projette ses personnages dans des abysses, profonds, méditatifs, intenses. En arrière plan de ses visages d'enfants, elle laisse des traces subtiles et fortement symboliques, des traces discrètes de pattes de cochons, ou parfois la présence directe de ses animaux "à croquer".  Le symbole est violent. Elle évoque, détourne, accuse. Son travail en devient plus acéré, douloureux, empathique. Elle joue avec l'impensable. Dit sans dire. À charge au spectateur de comprendre. Le canard jaune de la petite fille du tableau intitulé "Toys" a quelque chose d'ambigu, de surdimensionné il est celui des bains des petits, mais il est aussi le sex-toy inavoué.
 
Si elle développe une extrême virtuosité technique, une fluidité de la touche picturale sèche, vive, qui rappelle les frottis, elle approche les chairs avec une sensorialité puissante, sans complaisance. "Je veux que la peinture fonctionne comme la chair", disait Lucian Freud. Et ça fonctionne.
 
Dans ses portraits récents, on la voit développer des mises en scène nouvelles avec l'introduction d'objet signifiants rattachés à l'univers présupposé du sujet ou choisis par celui-ci. Ainsi, laisse–t-elle le sujet s'exprimer, comme dans les portraits de la Renaissance où les commanditaires choisissaient leur univers d'objets référents, leurs symboles de pouvoir, elle autorise ainsi ses modèles à apporter une définition induite de leur vision d'eux-mêmes. À participer au tableau. Les modèles sont d'abord photographiés, elle saisit des instants de vérité méditative, et ils en deviennent infiniment vivants. Joëlle Delhovren dialogue avec l’espace de la toile et développe une représentation plastique de visages rendus avec toutes leurs aspérités, comme taillées dans la chair. La forte présence des rouges, les touches vertes – base des portraits de Rembrandt magistralement repris par Van Gogh – et les nombreux gris rendent tout le poids des chairs et l'incarnation.
 
C'est tout particulièrement dans ses carnets, pièces uniques que les collages divers, textes, morceaux choisis, jets spontanés sont conçus comme des coups de griffes et des cris. Peintures, et images de tous horizons se succèdent, elle y dépose ses phantasmes, ses émotions, ses doutes, ses peurs, ses colères et ses mémoires. Frida Kahlo, Lucian Freud, Frédéric Boyer, elle les  invite tous dans ces mêmes carnets et ils contribuent à nourrir son rêve et à nous le révéler. À chaque fois un sujet différent, mais une même révolte sensible, une même force rentrée, du jeu mais dans un engagement intense."
 

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Edith Herlemont-Lassiat (Exporevue,janvier 2008 Bruxelles)

Traduction en néerlandais: Mia Goossens

Portretten van vlees en bloed. Zonder diepere betekenis?


Joëlle Delhovren is op de eerste plaats een portrettiste die ligt in de lijn van de Engelse schilders. Het is een krachtige en gevoelige kunstenares. Op het eerste gezicht herkent men zonder twijfel een verwantschap met Lucien Freud. Maar naast die eerste vanzelfsprekende vaststelling van de kenmerkende, bijna aquarelachtige bewerking van haar doeken, de krachtige toetsen in haar bewegingen en de treffende kleuren van sterk getekende gezichten, ontdekt men snel dat ze een zeer persoonlijk universum ontwikkelt. Zonder schroom creëert de kunstenares ‘echte smoelen’ geboetseerd door zware levens en intense gevoelens, zoals in de films van Gabin. Zijn het verwijzingen naar haar eigen leven vol twijfels en empathie voor een wereld die ze scherp analyseert maar waarvoor ze zonder illusies te koesteren, toch frisheid en een vorm van zachtheid overhoudt?
Haar boodschap is complex en voor verschillende interpretaties vatbaar. In haar verwonderlijke benadering van het onderwerp ‘kinderen’ vindt men een nauwe verwantschap zowel naar vorm als naar inhoud, met het werk van de gebroeders Chapman en Grayson Perry, de kunstenaars van de Turner Prize in 2003. Men denkt aan Dinos en Jake Chapman omwille van hun lucide, cynische voorstellingen van de dood en van de horror, steeds gemaskeerd en vervormd door camouflerende Disney-symbolen of cartoonfiguren. En aan Grayson Perry die met zijn ceramische werken onder een schijnbare elegantie perversies uitbeeldt. Een verborgen diepere betekenis? Of ‘helemaal geen onderliggende betekenis’ zoals een van haar titels luidt?
Joëlle Delhovren denkt na over de uiterlijke schijn en stelt het esthetische van een schijnbaar rimpelloze en beheerste wereld waarin in feite veel valse schijn is, in vraag. Zij doorprikt de illusie, de leugen en de verblindheid van een consumerende en destructieve maatschappij Ze hekelt het nutteloze en onderwerpt haar personages aan een zeer diepgaand, doordacht en intens onderzoek. Op de achtergrond van haar kindergezichten laat ze vaak subtiele en zeer symbolische sporen na, zoals bij voorbeeld de discrete sporen van varkenspoten of soms de duidelijke aanwezigheid van snoezige dieren‘om in te bijten’… De symbolische betekenis is zeer sterk. Ze lokt uit, verdraait en beschuldigt. Haar werk wordt er kwetsend door, pijnlijk en empathisch. Ze speelt met het ondenkbare. Zegt, zonder het te zeggen. Het is aan de toeschouwer om te begrijpen. De gele eend van het jonge meisje van het werk getiteld ‘Toys’ bij voorbeeld heeft iets dubbelzinnig. Enerzijds past die eend in het bad van de kleintjes maar anderzijds, zonder het duidelijk te zeggen, staat zij in feite symbool voor een seksueel speelgoedje.
Naast de ontwikkeling van een vergaande technische virtuositeit en een vlotheid van scherpe, levendige picturale toetsen die herinnert aan de frottis-techniek, benadert ze de huid op een krachtige, gevoelige manier zonder te overdrijven. ‘Ik wil dat de verf functioneert zoals de huid’ zei Lucien Freud. En het functioneert.
In haar recente portretten zien we nieuwe scenario’s opduiken met de introductie van betekenisvolle objecten die een link leggen met de veronderstelde leefwereld van het onderwerp of die gekozen worden in functie van het onderwerp dat afgebeeld wordt. Zoals in de Renaissance de opdrachtgevers uit hun universum referentie - objecten kozen zoals machtssymbolen, staat zij haar modellen toe hun visie over zichzelf te geven en in die zin deel te nemen aan het werk. De modellen worden in eerste instantie gefotografeerd. De kunstenares concentreert zich op de meest meditatieve momenten die ze daarna weer tot leven brengt in haar kunstwerken. Joëlle Delhovren voert een dialoog met de ruimte op het doek en ontwikkelt een plastische weergave van de gezichten waarbij zij de huid tot in de kleinste details bewerkt alsof ze in de huid zelf gekerfd zijn. De sterke aanwezigheid van rood, toetsen groen – de basis van de portretten van Rembrandt, meesterlijk overgenomen door Van Gogh- en de talrijke soorten grijs geven de huid al haar uitdrukking en bezieling.
Vooral haar notitieboeken, unieke exemplaren overigens, die samengesteld zijn uit diverse collages, teksten, uitgezochte stukken, spontane ingevingen, zijn opgevat als scherpe klauwen en kreten. Schilderijen en beelden van alle slag volgen elkaar op, ze legt er haar fantasieën, haar emoties, haar twijfels, haar angsten, haar woede en haar herinneringen in vast. Frida Kahlo, Lucien Freud, Frédéric Boyer, ze nodigt hen allen uit in diezelfde schriften en ze dragen bij tot het voeden van haar droom en tot het onthullen van die droom aan ons. Elke keer gaat het over een ander onderwerp maar steeds is het een zelfde gevoelige revolte, een zelfde terugkerende kracht en een spel met een intens engagement.
Edith Herlemont – Lassiat (Exporevue, januari 2008 Brussel)

 

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Yves De Vresse (Agenda Expo - 9/15 février 2007)


“Même si Joëlle Delhovren se sert de ses photographies pour élaborer ses toiles, il est évident que son oeuvre dépasse largement la dimension réaliste de celles-ci. Cadrage serré, peinture énergique, parfois violente, couleur réaliste de prime abord, sujet unique:Delhovren a su se créer un style. Se limitant aux portraits, elle y introduit une dimension psychologique qui rappelle la peinture de Lucian Freud. Pourtant, si chez Freud, une certaine dose de méchanceté ou de dégoût s'infiltre dans chaque représentation humaine, l'approche de Delhovren (Bruxelles, 1959) nous paraît davantage relever d'un humanisme sincère et bienveillant. Cela n'empêche aucunement ses toiles de se présenter au spectateur avec une vigueur certaine; l'artiste ne fait pas dans le détail à l'eau de rose et je suppose que certains de ses modèles ont dû ravaler leur salive en découvrant leur portrait. Techniquement, aussi, c'est du beau travail qui nous est présenté: sur la toile de lin cru, la gamme chromatique se limite aux tons chair, blancs et bruns, les portraits présentants sans exception des têtes ou des bustes nus. L'éclairage, quant à lui, est dramatique, voire "caravagiste". Cela nous vaut de beaux effets d'ombres avec, en contrepoint, des tons rouges flamme réfléchis sur des visages dont les traits marqués encadrent un regard qui interroge le spectateur. Les modèles ont souffert et vécu, c'est évident, mais leur vie, au moins, n'aura pas été inintéressante. Tout comme cette exposition qui a choisi l'espace d'un théâtre pour montrer un travail qui ne refuse ni la mise en scène, ni le drame.”

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Luc Deschamps ( "L'Echo" - 1 mars 2007)


"Le théâtre du Méridien a ouvert ses murs à une série de portraits peints sur toile écrue. Ils vous accueillent à l'entrée du spectacle, leur image restera gravée après votre départ. Le souvenir de la pièce se mêle à celui de ces visages, ces regards d'un réalisme peu ordinaire, dont l'atmosphère répond à la pièce: des gens, représentés sans concession, dont la beauté est directement issue de leur vérité. Les carnations, traitées en larges et puissants coups de brosse, démontrent une grande sensibilité, un oeil... L'artiste travaille d'après ses propres photos, le procédé est perceptible dans les cadrages souvent resserrés, mais la picturalité et le mouvement de sa matière sont un régal qui n'a plus rien de photographique."

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Georges MEURANT 2005


"Joëlle DELHOVREN représente la personne humaine, exclusivement. Elle dessine depuis la petite enfance. À l'âge adulte, elle poursuivit ce geste naturel, dans les métiers qui lui furent ouverts par des études en communication visuelle, sans y trouver l'épanouissement que lui offrit, voici une décennie, l'immersion dans la peinture, une activité solitaire, un art de l'individuation.

Elle crée cependant, en marge de son activité professionnelle de promotion du sens, des carnets d'images et de mots, des jeux dédiés, à ce jour, à huit thèmes interrogatifs : Icône-iconographie-iconoclaste, Human Figure in Emotion, Grand, Espace, Corps humain, Moucharabieh, Le songe de Constantin, Résistances. Ce sont des assemblages contrastés ou paradoxaux, des collages à panneaux et tiroirs, des inserts de dessins tracés ou peints, de photos, d'objets, détournés, imbriqués, superposés avec ou sans transparences ou ouvertures, des montages, des répétitions sérielles, des progressions et des ruptures. Tout cela met en abîme les codes déshumanisants qui nourrissent l'art de communication d'une société de consommation plus aliénante que socialisante et l'affirmation vécue au quotidien, entre empathie et compassion, d'un humanisme à partager.

La peinture de DELHOVREN est vouée au portrait, d'après ses propres photos. Le recadrage, première décision picturale, élude au maximum le fond. Tout l'espace doit provenir du sujet, qui s'identifie au tableau, en surgit. La représentation outrepasse largement la dimension naturelle. La figure (la tête, voire le buste et les membres supérieurs, guère au-delà) est construite par les volumes, des grands vers les petits. Les éléments s'articulent et se détachent, brossés, taillés d'une main qui obéit à l'œil  - d'un œil qui a appris à voir -  jusqu'à la peau, interface plutôt que texture. L'œuvre est réaliste, sans concession, enlevée sans habileté superflue, dans l'économie des gestes et des moyens. La couleur, huile sur toile écrue de lin, est réduite à l'essentiel, dominée par le rouge, le blanc et le noir, en clair-obscur plus qu'en contraste de tons.
À l'œuvre l'artiste est à la rencontre d'elle-même. Ses portraits traquent la vulnérabilité sous les traces des vécus. Ils sont muets autant que les carnets sont loquaces, ils poursuivent un même objectif. Ils tentent de montrer le lien qui nous attache les uns aux autres. Joëlle DELHOVREN invite des artistes amis (et amis d'amis) à partager avec elle le montage de cahiers thématiques. Deux sont publiés à ce jour, qui confrontent la variété des individualités et des entendements."

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"Joelle Delhovren represents the human person, exclusively. She draws since the early childhood. At the adulthood, it continued this natural gesture, in the trades which were opened to him by studies in visual communication, without finding blooming there that offered to him, here a decade, the immersion in painting, a solitary activity, an art of the individuation.

It creates however, in margin of its occupation of promotion of the direction, of the notebooks of images and words, of the dedicated plays, to date, with eight interrogative topics: Icon-iconography-iconoclast, Human Appears in Emotion, Grand, Espace, human Corps, Moucharabieh, the dream of Constantin, Résistances. They are contrasted or paradoxical assemblies, joinings with panels and drawers, inserts of plotted or painted drawings, photographs, objects, diverted, imbricated, superimposed with or without transparencies or openings, of the assemblies, the serial repetitions, the progressions and the ruptures. All that puts in abyss the dehumanizing codes which nourish the art of communication of a consumer society more alienating that socializing and the assertion lived with the daily newspaper, between empathy and compassion, of a humanism to be divided.

The painting of Delhovren is dedicated to the portrait, according to its own photographs. The realignment, first pictorial decision, eludes to the maximum the bottom. All space must come from the subject, which is identified in the table, emerges from there. The representation largely exceeds natural dimension. The figure (the head, even the bust and upper limbs, hardly beyond) is built by volumes, from large towards the small ones. The elements are articulated and detached, brushed, cut with a hand which obeys the eye - of an eye which learned how to see - to the skin, interfaces rather than texture. Work is realistic, without concession, removed without superfluous skill, in the economy of the gestures and the means. The color, oils on unbleached linen of flax, is reduced to essence, is dominated by the red, the white and the black, into clearly-obscure more than in contrast of tone. With work the artist is with the meeting of itself. Its portraits track the vulnerability under the traces of lived. They are dumb as much as the notebooks are loquacious, they pursue the same goal. They try to show the bond which attaches us the ones to the others. Joelle DELHOVREN invites friendly artists (and friends of friends) to divide with it the assembly of books sets of themes. Two are published to date, which confronts the variety of individualities and the understandings."

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Etienne Tilman 2005 - "L'ÂME AU CORPS"


"Les yeux sont les portes de l'âme ... Et pourtant c'est en peignant la peau humaine que Joëlle Delhovren a décidé de s'exprimer sur le caractère de ses modèles. Les  corps et visages des individus qu'elle a choisis lui parlent. La peau ne semble plus être une frontière:  chair et sang surgissent au gré de son pinceau. A travers le portrait, il faut faire apparaître l'âme. La manière de peindre de Joëlle semble violente et sans concession. Mais les contrastes de rouges et de blancs ne sont en fait que simulation . La toile devient elle même un épiderme,  les portraits surdimensionnés nous mettent dans une  relation à la couleur telle que les images sont autant ressenties que vues par le spectateur. A travers le portrait des autres ne dit-on pas que l'on fait aussi son propre auto-portrait ? Joëlle Delhovren pratique un art à fleur de peau."
 
 
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